Le revirement du procureur du tribunal de Brest, annoncé par le maire de Brest mercredi 25 février, n’est pas tombé du ciel. Les victoires judiciaires des familles des Fañch nés à Quimper, Lorient et Angers ont compté. Une autre affaire a pesé dans la décision du procureur : celle d’un autre petit Fañch, né à Brest au début du mois de novembre 2025. Récit avec sa maman, Gwendoline.
Fañch a trois mois et demi. Il s’est réveillé et il babille. Gwendoline sait qu’il va bientôt avoir faim.
« Avec Fabien, mon conjoint, on a décidé de le prénommer Fañch parce qu’on est tous les deux Bretons et que nous voulons faire perdurer la culture bretonne. On savait qu’il y avait eu des batailles juridiques, mais trois jours avant l’accouchement, on avait appris par la presse que
la cour d’appel de Rennes venait de valider le tilde pour le petit Fañch de Lorient. Donc, on s’est dit que ce n’était plus un sujet.
« Après la naissance, Fabien est allé déclarer Fañch à la mairie de Lambézellec à Brest. La personne lui a fait un refus catégorique en disant qu’une circulaire interdisait le tilde. Même quand Fabien parlait de la jurisprudence trois jours plus tôt, la personne restait sur ses positions. Comme Fabien insistait, elle a dit qu’il y aurait peut-être un changement dans le futur à cause de la décision de Rennes et qu’on pourrait peut-être rectifier plus tard. Fabien n’était pas inquiet, mais moi je l’étais un petit peu.
« La semaine suivante, on a rappelé l’état civil et la personne est restée sur sa position. Elle nous a alors dit qu’on pouvait demander au procureur de rectifier l’orthographe du prénom de Fañch. Dans la foulée, on a donc écrit au procureur.
« Comme la réponse n’arrivait pas, j’ai commencé à chercher des contacts. J’ai envoyé un mail à
Skoazell Vreizh et on m’a répondu aussitôt trois choses : il y a un avocat spécialisé à Lorient, Iannis Alvarez ; si nous faisions une action en justice, Skoazell Vreizh nous accompagnerait financièrement et enfin, on peut contacter Mignoned Fañch pour être accompagné. Donc on a contacté Mignoned Fañch et nous avons compris que si nous avions mieux connu la législation, Fabien aurait tenu tête à l’état civil de Brest. On ne savait pas non plus que quand le procureur de Brest était à Lorient, c’est lui qui avait attaqué la famille du petit Fañch de Lorient.
« Ce n’était pas facile car nous avions d’autres sujets difficiles à ce moment dans notre vie. Mignoned Fañch nous a proposé de demander au maire de Brest de rectifier l’état civil de Fañch et nous a demandé si on était prêt à se lancer dans une procédure judiciaire longue. On y était prêt. Bien sûr qu’on va se battre. Comment se fait-il qu’un signe diacritique de notre langue bretonne ne fasse pas partie de la culture française ? C’est absurde. On ira au tribunal s’il le faut. De base, on est discret, mais s’il faut médiatiser, on le fera. On savait qu’à chaque fois, les familles ont gagné. On se défend pour nous, mais aussi pour le collectif, pour que derrière les autres familles ne soient pas embêtées.
« Alors, début décembre, on a écrit au maire de Brest parce qu’il a le pouvoir de modifier l’acte de naissance. On a argumenté sur les précédents Fañch, en disant que la personne de l’état civil n’a pas respecté la loi de libre choix du prénom et en lui rappelant qu’il avait fait voter un vœu pour reconnaître les tildes
en avril 2024. Juste après Noël, le 26 décembre, on a reçu la réponse de son adjointe. On était déçus que ce ne soit pas le maire qui nous écrive. En plus l’adjointe a refusé en disant que le procureur a envoyé une instruction, le 15 décembre, pour ne pas accepter le tilde ! On a vraiment eu l’impression de s’être fait avoir comme des bleus ! Nous avions écrit au procureur pour corriger l’état civil de Fañch et il a utilisé notre demande pour envoyer une instruction pour refuser le tilde !
« On risquait donc de s’engager dans une procédure au tribunal, mais on voulait explorer jusqu’au bout une voie amiable. Sur les conseils de Mignoned Fañch, on a demandé à nouveau au maire de Brest de rectifier l’acte. Nous avons rappelé que nous avons la liberté de choisir le prénom et que Fañch est légal même avec un tilde. Et puis, nous avons demandé que le maire en personne nous réponde.
« Ensuite, au début du mois de janvier, une amie m’envoie
la publication Facebook de Madame Caro. C’est la maire de Pleyben et elle était convoquée au tribunal pour le tilde de son bébé Fañch. Un autre ami me l’a envoyée et on a pris contact avec elle.
« Mi-janvier, nous avons reçu la réponse du procureur à notre courrier de novembre. C’était encore un refus et son courrier montrait la méconnaissance du sujet : il confondait même les affaires de Quimper et de Lorient. Et puis il y avait du dédain. Ça ne servait à rien de répondre à cela. On pensait donc se diriger vers une action au tribunal.
Dans notre entourage, tout le monde est choqué qu’on perde du temps sur ce sujet.
« On savait aussi que du côté de Mignoned Fañch, il y avait des tractations et on était en contact avec une personne qui était prête à nous aider à Brest. C’était au début de la semaine du 23 février. Le mercredi matin, j’ai reçu un sms qui disait
"Bonne nouvelle, Fañch pourra avoir son tilde, il faut qu’on s’appelle". J’ai immédiatement prévenu Fabien et j’ai vu
la publication Facebook du maire de Brest. Il annonçait qu'une nouvelle instruction du procureur permet désormais d'utiliser le tilde sur le n. Alors j’ai tout de suite compris ! Il y a eu un ordre d’en haut ! C’est une victoire, c’est vrai, mais sans les pressions, il n’y aurait pas eu cette victoire.
« J’en ai pleuré, parce qu'on a passé une période compliquée et avec cette histoire par-dessus, c’était lourd. On est libéré d’un poids, mais c’est injuste de devoir se battre pour ces choses-là. On espère que les autres familles n’auront pas à batailler pour déclarer leur enfant à l’état civil. Fabien et moi, nous avons fait une part. La concomitance avec l’enfant de Madame Caro, ça compte aussi. C’est bientôt les élections municipales et le maire de Brest fait une publication sur les réseaux sociaux. Je comprends, mais ça me fait sourire car s’il n’y avait pas eu de pression derrière, ça ne serait pas arrivé.
« Je veux aussi témoigner que tout seul, on n’aurait rien fait. Bien sûr, on se serait battu, mais on se serait mal battu et ça n’aurait pas marché. C’est un effort collectif, avec les autres familles qui ont connu cela et avec le soutien de Mignoned Fañch. Ce que je veux, c’est que plus tard, au moment de la déclaration de naissance, les autres familles n’aient pas à subir un refus pour un tilde.
« Maintenant, nous allons bientôt avoir l’acte de naissance de Fañch, mais nous ne savons pas si le procureur va attaquer ou pas. L’instruction du procureur de Brest, c’est un pas en avant, dans la bonne direction. Après cela, ça serait difficile de reculer. Pourquoi continuer à encombrer les tribunaux pour ce prétexte médiocre ? »
Fañch ne babille plus, il a faim et il est temps pour Gwendoline de nourrir son bébé.
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